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Le gâteau de la prévoyance? Un maigre biscuit!

Impressum: auteur Herbert Brändli (Détails) – Article dans l'Indices, 25 janvier 2010.

Partout dans le pays, d’appétissants gâteaux ornent les panneaux publicitaires. L’ASIP, Association suisse des institutions de prévoyance, entend ainsi, dans la perspective de la votation populaire de mars 2010, obtenir l’aval du souverain sur l’abaissement des taux de conversion. Désormais, en Suisse, c’est un taux unique réduit qui déterminera le nombre et la taille des parts du gâteau, rui-nant tout simplement le système de la prévoyance professionnelle.

Selon la statistique des caisses de pension, 35 milliards de francs sur les revenus du travail de 3,5 millions de salariés n’ont pas été versés en 2007. Ce montant, c’est le volume – sans cesse grandis-sant – des cotisations annuelles qui alimentent les quelque 2500 caisses de retraite de Suisse. Le gâteau de la prévoyance devra être découpé en parts toujours plus nombreuses et petites en raison de la longévité croissante de retraités eux aussi toujours plus nombreux. Cette logique simpliste et les belles affiches publicitaires taisent le fait que les fournils du 2e pilier, outre de gros gâteaux, pro-duisent également des biscuits moins consistants, voire carrément minables. Leur productivité influe bien davantage sur la taille des parts que l’espérance de vie d’une clientèle au demeurant très hété-rogène.

La préparation de la pâte préfinancée par les futurs retraités incombe à des milices qui se réunissent quatre à six fois par an. Leurs membres ont pour mission de veiller à ce que le gâteau de la pré-voyance grossisse et nourrisse ces mêmes retraités à satiété toute leur vie durant. Ils n’ont à satis-faire à aucune exigence ni qualification particulière. Le législateur, quant à lui, attend mesure et qualité en tout chose en donnant des recettes de plus en plus détaillées ainsi qu’en responsabili-sant les partenaires sociaux à parité et en les faisant former sur le tas.

Cette responsabilité est partagée aujourd’hui par une quinzaine de milliers de cadres non rémuné-rés pour la plupart, dont l’altruisme les pousse à se soucier des matières premières et des ingré-dients nécessaires et, surtout, à un partage équitable de leurs produits. Une fois pétrie, la pâte a une valeur de 700 milliards de francs dont 27 milliards sont consommés bon an mal an. Comme cette pâte lève et absorbe plus de cotisations qu’il ne génère de prestations, le gâteau grandit cons-tamment. Il n’en va pas de même, hélas, des parts. Celles-ci varient énormément d’un fournil à l’autre. Par nécessité, leurs responsables s’en remettent à des négociants et des fournisseurs qui proposent une qualité sans cesse déclinante dans des emballages et à des prix sans cesse chan-geants. Bon nombre d’institutions de prévoyance préfèrent alors se rabattre sur de la «malbouffe» et se munir de produits prêts à consommer.

L’ampleur et la qualité de l’offre, mais aussi les besoins des futurs retraités sont à ce point divers que la contrainte à un mesurage uniforme des parts du gâteau ne peut qu’avoir un effet ruineux. Imposer un taux de conversion unique, c’est faire le lit d’une nouvelle vague de réduction des pres-tations de la prévoyance professionnelle, politique amorcée de façon insistante dès 1985, lors de l’instauration de la LPP. Dans l’intervalle, les parts minimales revendiquées par les «fournils» sur la base de comptes-témoins ont fondu à 70 %. Si cette productivité continue de baisser alors même que la prospérité augmente, la population active sera légitimement fondée à refuser massivement de cotiser aux institutions de prévoyance.

Jusqu’ici, ces mêmes institutions de prévoyance auraient pu sans peine dépasser le taux technique et les rendements requis pour y parvenir, qui sont inhérents au taux de conversion. En refondant les calculs sur les statistiques historiques disponibles depuis 1925, on constate que les objectifs de pro-duction reposant sur des calculs actuariels affichent un manque d’ambition chronique. On a pres-que toujours pu confectionner des gâteaux plus gros sans que la longévité – qui croît de toute éter-nité – ne devînt jamais un problème. La croissance interne nécessaire de la pâte a été possible à tout moment, et ce, grâce à un choix judicieux des matières premières. En misant sur les actions, un rendement moyen de 7,6 % a été maintenu sur 85 ans, contre 4,5 % pour les obligations, tandis que les placements immobiliers dégageaient 5 à 6 %. Seules les assurances n’ont pas permis, de loin, d’atteindre le taux technique de 4 %. 

Herbert Brändli, économiste d’entreprise et expert diplômé en assurances de pension, est président-fondateur de B+B Prévoyance SA et directeur de la fondation collective Profond. Il s’est donné pour mission d’apporter davantage de dynamisme et de transparence dans le système de la prévoyance professionnelle et, selon ce principe, de proposer à ses clients des conseils éclairés et des solutions de rechange intéressantes. retour

 


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1 Commentaire

Stéphane Herren
02.02.2010 13:11

Très intéressant!
Si M. Brändli a dit la vérité, cela signifie que beaucoup d'autres nous mentent.
Il ne nous reste donc plus qu'à refuser l’abaissement des taux de conversion.

S. Herren