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«Retraités, aspirez-vous à la vie éternelle?»

Impressum: auteur Herbert Brändli (Détails) – Article dans L'AGEFI, 22 février 2010.

Une fois de plus, les assureurs craignent pour les juteuses prébendes qu’ils tirent du 2e pilier et insistent auprès de leurs gros clients parmi les caisses de pension pour que ceux-ci abaissent le niveau de leurs prestations. Ils prétendent que les retraités sont trop gourmands dans la mesure où ils vivent plus longtemps. Aux actifs de financer ce pillage sur les rentes en s’acquittant de cotisations supplémentaires et même en réduisant leurs propres prétentions.

Selon les partisans de l’abaissement du taux de conversion, les retraités actuels seraient en quelque sorte les premiers voleurs à réunir passivement et sans préméditation tous les éléments constitutifs du pillage sur les rentes. Certes, ceux-ci ont financé eux-mêmes ces rentes prétendument excessives, rentes qu’ils doivent d’ailleurs aux excellentes performances passées de leurs caisses de pension; le hic, c’est qu’il est fort difficile de les réduire après coup. Aussi la solution consisterait-elle à amener les actifs actuels à accepter une baisse du taux de conversion. Ce faisant, ils couperaient de leur propre gré dans les rentes auxquelles ils sont censés prétendre, alors même que, pour les adeptes de l’abaissement, il leur incombe d’ores et déjà de cofinancer les rentes en cours.

Bref, les futurs bénéficiaires, en bons cocontractants et détenteurs des avoirs de leurs caisses de pension, devraient s’affranchir de leurs espoirs légitimes. Cette revendication est fondée sur des constats qui méconnaissent la réalité mais que l’on assène comme des vérités. Les symptômes sont présentés comme des causes, lesquelles sont tout simplement dissimulées: la disqualification de la prévoyance vieillesse comme produit d’assurance et une conception fondamentalement erronée des placements au regard du risque.

Si l’on persiste dans ces erreurs capitales, la solution au problème de la prévoyance, à savoir l’abaissement du taux de conversion des rentes, est aussi riche de perspectives que celle qui consisterait à vouloir éteindre un incendie avec de l’essence. Bonne nou-velle pour les partisans de la voie assidue de la réduction des prestations: les compagnies d’assurance ont d’ores et déjà abaissé le taux de conversion à 5,4 % dans le régime surobligatoire. Un taux de 5 % reviendrait à pouvoir verser les rentes nominales pendant 20 ans sans devoir rentabiliser le capital résiduel. Mais alors, ces partisans devront nous expliquer de façon convaincante en quoi réside la valeur de l’appareil onéreux de mise en œuvre du 2e pilier.

Le modèle commercial des assureurs requiert de réaliser de juteux bénéfices sur les capi-taux des assurés. Ils doivent privilégier des placements dits sans risque pour être en mesure, année après année, de présenter des états financiers positifs. Il s’ensuit que l’évolution de leurs actifs ne peut suivre le rythme ni de celle de leur propre industrie ni de celle de l’économie générale. Or, ce sont là des prétentions minimales aux yeux de la communauté solidaire que forment les caisses de pension. On ne peut satisfaire à ces prétentions qu’en investissant dans les moteurs de l’économie, ce qui implique des fluc-tuations des actifs. Tenter de lisser les hauts et les bas des marchés dans le domaine de la prévoyance-retraite, cela repose pour les caisses de pension sur une acception étrange, à courte vue, du risque, cela pèse sur les rendements et, surtout, c’est inutile.

Aussi des rendements de plus de 4 % en constante historique sont-ils considérés au-jourd’hui comme peu sérieux, les partisans de l’abaissement du taux de conversion allant jusqu’à affirmer que les rentes en cours qui ont suivi une telle évolution sont excessives. Ils attestent ainsi – bien involontairement – que la démographie n’est pas nécessaire-ment un frein aux prestations. En effet, depuis qu’existent les caisses de pension, l’espérance de vie moyenne a crû sans discontinuer de 5 % par décennie, ce qui n’a pas empêché les rentes de ces caisses, à tout le moins jusqu’en 1985, de progresser cons-tamment. L’allongement de la durée de versement était assuré régulièrement par la constitution de réserves, elles-mêmes alimentées par des excédents de revenus.

L’espérance de vie est pour les caisses de pension un phénomène prévisible. La couverture financière des durées accrues de versement des rentes ne constitue nullement un risque et surtout pas un cas d’assurance, c’est tout simplement l’une de leurs tâches essentielles. Si elles l’assument correctement, leurs retraités sont assurés de la vie éternelle. 

Herbert Brändli, économiste d’entreprise et expert diplômé en assurances de pension, est président-fondateur de B+B Prévoyance SA et directeur de la fondation collective Profond. Il s’est donné pour mission d’apporter davantage de dynamisme et de transparence dans le système de la prévoyance professionnelle et, selon ce principe, de proposer à ses clients des conseils éclairés et des solutions de rechange intéressantes. retour

 


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