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Alchimie du risque et fusion financière

Impressum: auteur Herbert Brändli (Détails) – Article dans L'AGEFI, page 30, publié le 30 mai 2011. La traduction en allemand voir ici.

La conception du risque selon Einstein:«Rendez les choses aussi simples que possible, mais pas plus simples!», aurait pu faire échec aux catastrophes de Tchernobyl et Fukushima. Mais aussi aux déficits de rendement des caisses de pension.

Il y a 60 ans, Markowitz faisait remarquer que si les investisseurs étaient avides de rendement, ils détestaient voir leur patrimoine fluctuer. Cette science infuse, il l'a étayée par des statistiques concrètes et des calculs de probabilité. Il n'empêche qu'il a donné ainsi la définition classique du risque inhérent aux placements de capitaux, à savoir la volatilité, qui lui a valu le prix Nobel. Depuis lors, les alchimistes de la finance prédisent l'avenir aussi simplement qu'ils font fi de la réalité, à l'aide de deux variables, le rendement moyen escompté et sa volatilité sur un an. C'est par ces artifices qu'ils ne cessent de raviver le feu de leurs fourneaux. Or, une simple analyse des combustibles démontre que les séries temporelles financières ne satisfont pas aux impératifs d'application de la valeur moyenne et de la variance. Il va de soi que l'avenir des marchés d'investissement ne peut être exploré par ces deux paramètres.

Fondée sur cette théorie classique des marchés financiers, la gestion du risque revient en définitive à gérer des variations dans des conditions obéissant à une méthodologie déficiente et sujettes à manipulation. Le paramètre clé, la corrélation entre les placements, est sous-jacent à une diversification non pas des risques mais des fluctuations. Ainsi s'épuise le modèle classique du risque, par l'abandon du rendement au profit d'un lissage de variations certes modélisé mais faisant le plus souvent défaut en cas de besoin.

Pour les caisses de pension, cela se traduit par des produits défectueux, chers et des coûts sans cesse croissants, bref, le prix à payer pour de fausses théories et des pratiques erronées. Ainsi est-on surpris d'apprendre que le relèvement des valeurs de corrélation à l'échelle du globe serait la principale explication de la sous-performance du stockpicking, cette technique qui consiste à miser sur les valeurs les plus prometteuses de la cote.

Comment y échapper? En suivant une stratégie d'investissement passif, conseille-t-on. L'argument est aussi douteux que sa conclusion et ne peut conduire qu'à d'amères déceptions. Des coûts élevés dénués de contrepartie entraînent une érosion systématique et irréversible des rendements et attisent le risque réel auquel sont exposés les placements des caisses de retraite.

Cette pratique du risque chère au monde de la finance est comparable à l'alimentation de centrales nucléaires vétustes installées dans des zones sismiques notoires par un combustible des plus toxiques. Dans les deux cas, la super-catastrophe obéit à un processus incontrôlable. Mais à la différence de la fusion nucléaire, qui est toujours la conséquence de négligences humaines dans l'exploitation d'une technique somme toute viable, la «fusion financière » résulte de l'utilisation en toute connaissance de cause d'une technique dont on sait qu'elle est inappropriée. Ses retombées sous forme d'inflation, d'érosion monétaire et de pertes totales devraient être des raisons suffisantes pour tenter enfin de l'éliminer dans les règles de l'art.

Une véritable diversification des risques fonctionne comme cela se pratiquait déjà des centaines d'années avant Markowitz: répartir uniformément les capitaux sur un nombre de placements tel que des pertes isolées ne puissent menacer la finalité de l'investissement. On peut éviter les pertes par une sélection judicieuse au moment opportun. Une caisse de pension efficace doit s'assurer une haute capacité de rendement, c'est essentiel. Les actions à haut rendement sont réputées risquées en raison de variations de cours fréquentes, ce qui ne s'est pourtant jamais vérifié à long terme. Warren Buffet lui-même relativise ces risques de placement injustement invoqués en misant sur la durée de détention, stratégie qui a fait de lui l'un des investisseurs les plus prospères du monde.

Dans l'une de ses célèbres lettres aux actionnaires, il a démontré comment certains offrants réduisent les rendements à néant à coup de produits dérivés ou prétendument garantis. Les détenteurs de parts et de titres gagnent de moins en moins d'argent sur les marchés. Assureurs, banques, gestionnaires et conseillers, tous exploitent à l'envi le manque de connaissances et de compétences des caisses de pension et s'en repaissent. 

Herbert Brändli, économiste d’entreprise et expert diplômé en assurances de pension, est président-fondateur de B+B Prévoyance SA et directeur de la fondation collective Profond. Il s’est donné pour mission d’apporter davantage de dynamisme et de transparence dans le système de la prévoyance professionnelle et, selon ce principe, de proposer à ses clients des conseils éclairés et des solutions de rechange intéressantes.  

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