L'illusion de sécurité
Impressum: auteur Herbert Brändli (Détails) – Article dans L'AGEFI, page 35, publié le 5 décembre 2011.
Les caisses de pension suisses ont nettement réduit, ces dernières années, leurs positions en actions pour leur substituer des titres prétendument sans risque, à savoir les obligations. Cette volonté persistante de minimiser les fluctuations de leur fortune affaiblit radicalement leur potentiel de rendement, car les bénéfices et les dividendes promettent à longue échéance des revenus qui sont au moins le double de ceux des coupons d'emprunts. Herbert Brändli, Fondation collective Profond.
La notion de sécurité peut induire chèrement en erreur
La notion de sécurité peut induire chèrement en erreur Rares sont les caisses de pension à savoir que les obligations auxquelles elles recourent pour réduire leurs risques recèlent justement des risques considérables. Ces dernières années, les caisses de pension suisses ont nettement réduit leurs positions en actions pour leur substituer des titres prétendument sans risque, à savoir les obligations. Cette volonté persistante de minimiser les fluctuations de leur fortune affaiblit radicalement leur potentiel de rendement car les bénéfices et les dividendes promettent à longue échéance des revenus qui sont au moins le double de ceux des coupons d'emprunts. Cette crainte face aux variations de valeur des actifs est infondée. L'afflux de cotisations vers le deuxième pilier est une fois et demie supérieur au volume des sorties de fonds constituées par les prestations et les caisses de pension n'ont actuellement à toucher ni à leur fortune ni à leurs revenus pour témoigner de leur volonté de prestation. Au contraire, elles trouvent sans cesse de quoi alimenter de nouveaux placements. Les employeurs peuvent à la rigueur traverser une mauvaise passe en matière de liquidité au terme d'une restructuration.
Quoi qu'il en soit, les états financiers qui tablent à longueur d'années sur une liquidation imminente dessinent une image on ne peut plus trompeuse de la capacité de risque des institutions de prévoyance. Rares sont celles à savoir que les obligations auxquelles elles recourent pour réduire leurs risques recèlent justement des risques considérables. Il est évident aujourd'hui que de nombreuses caisses de pension ne pourront plus, à long terme, atteindre des objectifs de rendement déjà fortement corrigés à la baisse. Cela vaut notamment pour les institutions de prévoyance manipulées par des organismes d assurance complète qui investissent à l'excès dans les obligations. Récemment encore, les emprunts d'Etat, pourtant peu rémunérateurs, étaient considérés au moins comme des placements fondamentalement solides. Cette réputation a changé du tout au tout, à l'exemple de la Grèce.
Ce pays affichait en 2009 une notation «A», autrement dit une adresse de placement sûre et un risque de défaut de paiement improbable. Deux ans plus tard à peine, voilà la Grèce rétrogradée à un «CC» synonyme de forte probabilité d'insolvabilité. Du coup, les taux d'intérêt ont explosé dans ce pays. Les emprunts à 10 ans de l'Etat hellène cotent actuellement à 21,6% et supportent par rapport aux placements les plus sûrs (notés «triple A») une prime de risque de 19,4%. On ne doit qu'aux interventions courageuses de l'Union européenne et de la Banque centrale européenne que la Grèce ne soit pas déjà insolvable. Or ce pays n'est pas seul à se heurter à des problèmes de solvabilité: le Portugal, l'Irlande, l'Espagne, l'Italie sont touchés à leur tour, et les Etats-Unis eux-mêmes ont été rétrogrades.
Par conséquent, le loyer de l'argent va très probablement continuer à augmenter partout et les investisseurs obligataires devront s'accommoder d'une baisse des cours. L'exemple de la Grèce illustre la rapidité avec laquelle un emprunt d'Etat prétendument réputé sans risque peut se solder par des pertes sèches. En 2009, l'emprunt obligataire grec Helenic Republic se négociait à un cours proche de 100 et à un taux d'intérêt de 4,7%. Aujourd'hui, il cote à 33,8, soit un taux de 18.8%. Cette progression du taux d'intérêt de 14,1 points a coûté aux investisseurs une perte sur cours sévère de 66%.
La réforme structurelle menée par la Confédération va accélérer cette mutation. En institutionnalisant la substitution de l'inculture de la défiance à la culture de la confiance, elle va détruire les bases portantes qui unissent les caisses de pension à leurs employeurs. Les assurés des petites institutions de prévoyance auront ainsi la certitude que l'État, sous une forme dissimulée, fait un usage abusif de leurs capitaux de retraite.
Herbert Brändli, économiste d’entreprise et expert diplômé en assurances de pension, est président-fondateur de B+B Prévoyance SA et directeur de la fondation collective Profond. Il s’est donné pour mission d’apporter davantage de dynamisme et de transparence dans le système de la prévoyance professionnelle et, selon ce principe, de proposer à ses clients des conseils éclairés et des solutions de rechange intéressantes.
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